CHOC : j'ai passé un APRES-MIDI dans un PARC à enfants

Notre frère nous a sorti un « Tiens p’tite soeur, tu viens avec nous et les enfants au parc ? » Oh bah oui dis donc, ça va être marrant un peu de nature. On se voyait déjà posée dans l’herbe avec la petite Charlotte qui lierait un Martine et le petit Paul qui ramasserait des marrons.

Ça serait champêtre, très XIXe siècle sur les bords de Seine. On crierait à 17h : « Pauuul, viens mettre ton chandail, le vent commence à se lever ! » Et il accourrait en trébuchant sur les mottes de terres, des marrons pleins les mains…

Aaaaaah lala. Eh bah nope. Non non non, pas du tout, ça n’est pas du tout ça le parc. C’est un piège, un leurre, un asile de fous ou enfants et parents sombrent dans la même névrose…

1. La mère béate

Voilà que je tente une passe à Paul (parce que rien à foutre, il ne veut pas ramasser des marrons mais jouer au foot…) et là, une dame débarquée de nulle part se plante en plein milieu de nos deux mètres d’écart pour fixer, ahurie, son marmot qui lui apporte une fougère.

Je lui ai dit « pardon » une ou deux fois et elle ne relève pas le nez… Je finis par faire une passe à Paul, histoire de lui signifier qu’elle était entre deux êtres humains, mais non, elle a ramassé sa fougère, nous a souri comme une demi morte sanctifiée et est partie tranquillement avec son nain. Vraiment, ça ne met pas à l’aise.

2. Le père hystérique

Alors lui, c’est le père qui s’est fadé le parc à contrecœur parce que c’est comme ça tous les samedis et dimanches depuis huit ans et qu’il vit manifestement le même enfer avec son terrible mini-humain CHAQUE week-end.

Lui, il a perdu toute dignité, tout soupçon de raison. Il traverse le parc tout rouge en hurlant : « Je te PREVIENS ! C’est la DERNIERE fois ! Je t’avais prévenu ! Le parc, c’est FINI ! » en insistant bien sur les mots importants.

Il porte son gosse en baluchon sur son épaule, tête en bas, lui aussi touche rouge et hurlant. On se dit que ce petit morveux va se prendre une bonne trempe et qu’il ne recommencera plus jamais. Mais non en fait, on nous dit qu’il est là tous les week-ends, et que c’est le même cirque. Ah, bah pas de chance...

3. L’enfant demi-dieu

Alors ça, c’est vraiment à gerber. On était là tranquille, en train de creuser dans le bac à sable avec le bout de notre boots et on entend à deux centimètres de notre oreille : « C’est BIIIIEEENNN ma puuuuuce, BRA-VO, tu as fait des GROS progrèèèèès, je suis fière de toi chérie ! »

On lève la tête, se demandant si un gosse n’avait pas réussi à faire du feu avec deux scoubidous mais non : une fillette figée à sept centimètres du sol, accrochée sur un mini mur d’escalade.

Bien sûr, son père tient sa flûte traversière et sa mère une bombe pour le poney… On voit déjà l’enfer de collègue qu’elle deviendra…

4. Le parent Dolto

On croise ensuite un mioche assis par terre, plein de terre, en train d’arracher l’herbe de toutes ses mini-mains, le visage tout plein de morve et de larmes, aussi luisant qu’un hippopotame à peine sorti du ventre de sa mère.

On observe sa maman qui le regarde très calmement et qui dit très fort pour se justifier de faire chier tout le monde : « Marcel (ou Lou ou Gaspard), explique-moi pourquoi tu es en colère ? Je comprends que tu veuilles la place au tobogan, mais pourquoi as-tu poussé la petite fille ? Tu comprends chaton qu’on peut faire d’une autre manière ? Dis-moi quelle autre manière on pourrait imaginer hein ? »

Montrant ainsi à tout le monde qu’elle fait dans « l’éducation positive ». Nous, on a juste envie de foutre un coup de pelle à la mère et au môme… Surement bien plus efficace.

5. Les parents neurasthéniques

Eux, ils sont au top. En bande de cinq six parents, une poussette délaissée un peu plus loin, en train de cloper, avachis sur le banc, ayant l’air de vivre une gueule de bois qui dure depuis six ans. On se demande un peu ce qu’ils ont bu quand on voit une maman jeter un œil vers le jeu métallique bizarre, celui avec des tubes en fer genre bar de pompier : un nain fait le cochon pendu à trois mètres du sol, elle tente de hurler un : « MATHIAS TU VAS TE FAIRE MAL !!! » pour retourner l’air de rien à sa conversation de blasés.

A un moment ils se sont tous séparés pour une histoire de pipi et de culotte, de chute sur la tête et de bébé qui avait faim… Mystique…

 

Non franchement, on a vécu un moment épatant, un monde parallèle insoupçonné qui nous a fait promettre de ne jamais emmener Jade et André, nos enfants imaginaires, dans un parc… La semaine prochaine, ils m’emmènent à la piscine…

LP. 

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