Vous êtes BELLE, LA PREUVE ! Interview de Chloé Vollmer-Lo, photographe

OUI, on est belle en vrai, sans le coup de baguette magique d’un logiciel photo. On n’y croit pas ? La faute aux clichés aseptisés qui déforment notre perception de la réalité. Chloé Vollmer-Lo est photographe et elle nous en fait la brillante démonstration.

 

 

 

 

Je fais le plus beau métier du monde : je suis photographe portraitiste. Chaque jour, j’immortalise des hommes et des femmes ; je tâche de faire affleurer ce qu’il y a de plus beau en eux... et j’adore ça.

Quand on travaille dans l’image, tout est question d’apparence. Une photo doit parler d’elle-même, être sa propre force, ne pas avoir besoin d’emballage pour être reçue, comprise, appréciée. On pourrait donc croire que tout se joue en surface. Mais est-ce vraiment le cas ?

« Mes clients ne sont pas mannequins, mais ils sont beaux »

Mes clients sont monsieur et madame tout le monde. Ils ne sont pas mannequins, ils ne passent pas par les cases make-up, coiffure, stylisme. Et pourtant, ils sont beaux.

Ils sont beaux, d'abord parce qu'ils sont vulnérables. Ils ne se drapent pas dans la certitude de leurs atours et viennent comme ils sont : humains, fragiles, faillibles. Cette sincérité nue est d'ores et déjà bouleversante.

Face à leur image, ils tremblent. Les femmes, surtout. Gavées de magazines et de publicités, elles frissonnent de ne pas correspondre aux canons de papier glacé quand elles se voient sur l'écran de l'appareil. C'est un cliché souvent ressassé, certes… Mais la vérité est là : les modes ont imposé leurs propres représentations déformées jusqu'à dés-éduquer le regard.



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« Leurs yeux seront toujours trop petits, leurs jambes trop courtes… »

D'une photo professionnelle, mes clientes attendront d'abord le mensonge qu'on leur a déjà fait absorber. Je ne parle pas simplement du culte de la maigreur, je parle d'un ensemble de micro-éléments qui ont redessiné l'architecture du corps contemporain. Leurs yeux seront toujours trop petits, leurs jambes trop courtes, leur grain de peau trop prononcé… La liste est longue. D'ailleurs, même en étant dans les coulisses du métier, je me surprends parfois à m'examiner sous le prisme d'un idéal inatteignable, moi aussi. Preuve que les imprégnations sont tenaces.

La mode et la publicité ont établi le règne de créatures étranges et envoûtantes. Mais nous regardons ces images en oubliant qu'elles sont - avant tout - des visions de créatifs. Elles mettent en scène des personnages et non des personnes, les grimant jusqu'à les dissocier du commun des mortels.

A-t-on déjà fustigé la réalité parce qu'elle ne correspondait pas à une peinture de Botticelli ?

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Un double lisse

Le site internet Buzzfeed a proposé à quatre femmes une séance photo où elles seraient apprêtées, shootées et retouchées comme des mannequins (Cf : http://www.buzzfeed.com/andrewgauthier/watch-four-women-react-to-being-photoshopped-into-cover-mode). Le résultat est sans appel. De ces images tant désirées, elles ne retiendront qu'une gêne tenace… Et un sentiment d'inquiétante étrangeté : ce double lisse n'a rien à voir avec elles-mêmes.

« Elles apprennent à s’aimer »

C'est cette même idée que les femmes que je photographie s'approprient peu à peu. Lorsqu'elles se détachent de cette pression suffocante, de cette exhortation à une perfection surnaturelle… Doucement, elles apprennent à s'accepter, et à s'aimer.

L'histoire bascule. Elles comprennent que ce qui les rend belle, c'est être elles-mêmes, ne pas se cacher, accepter que leurs failles dessinent aussi leur identité. Elles pointent une image avec un grand sourire et se réjouissent : "Ah ça c'est vraiment moi !".

Derrière l'objectif, je les vois éclore. Elles savent maintenant que se trouver belle sans se reconnaître, ça ne vaut rien. Les défenses tombent, elles sourient, elles irradient, elles s'envolent. Et je suis heureuse.

Je fais vraiment le plus beau métier du monde.

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Crédits photo : Chloé Vollmer-Lo