"Je" de Lilia Hassaine : rendre la voix à celle à qui Jane Eyre n'a jamais donné la parole
Dans Jane Eyre de Charlotte Brontë, elle est la folle du grenier. L'obstacle. La première épouse qu'on cache, qu'on enferme, qu'on efface. Elle s'appelle Antoinette, elle est créole, elle a aimé Rochester de toutes ses forces. Et personne ne lui a jamais donné la parole.
1. Pourquoi on aime ce livre ?
Parce que Lilia Hassaine réussit quelque chose de rare : elle réhabilite un personnage sans le dénaturer. Antoinette n'est pas transformée en héroïne lisse ou en victime parfaite. Elle est complexe, nerveuse, excessive — tout ce qu'une société du XIXe siècle lui reprochait. Et c'est précisément pour ça qu'elle est si moderne. Il faut toute une société pour créer ce genre d'entreprise, dit le roman. Ce n'est pas un règlement de comptes contre Rochester. C'est un miroir tendu vers nous tous.
2. Pour qui est ce livre ?
Pour toutes celles qui ont lu Jane Eyre sans pouvoir s'empêcher de penser à cette femme enfermée dans le grenier. Et pour celles qui ne l'ont jamais lu : Je se lit seul, comme un roman victorien teinté de thriller intimiste très contemporain. Il touchera particulièrement celles qui s'intéressent aux femmes que l'Histoire a rendues folles plutôt que de les entendre.
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Oui, et on le referme hantée. Je est le genre de roman qui change le regard qu'on posait sur un classique. On ne relira plus jamais Jane Eyre de la même façon. Et c'est exactement l'effet recherché.
Editions Gallimard : 21 €