"Vivre sans bonheur et n'en point dépérir" de Véronique Ovaldé : portrait d'une mère qu'on aurait voulu voir s'épanouir
Elle s'appelait "miss martyre" selon son mari. "Une vraie sainte" selon ses belles-sœurs. Une femme qui a passé sa vie à colmater les brèches pour que la famille ne coule pas, sans jamais se plaindre, sans jamais renoncer à la joie malgré tout. Pour la première fois, Véronique Ovaldé sort de la fiction pure pour raconter sa propre mère. Mais elle le fait à sa façon : en lui inventant d'autres vies possibles, d'autres chemins qu'elle aurait pu prendre, avant que le "sauf que" ramène tout à la réalité de ce qui a vraiment été.
1. Pourquoi on aime ce livre ?
Parce que Véronique Ovaldé regarde sa mère avec une lucidité tendre et sans concession, en alternant le réel et l'imaginaire avec une virtuosité qui nous enchante. Ce "sauf que" qui ponctue le roman comme une respiration est une trouvaille magnifique : il dit tout du renoncement, de ces bifurcations qu'on n'a pas prises, de ces vies qu'on a laissées sur le bord du chemin.
2. Pour qui est ce livre ?
Pour toutes celles qui ont regardé leur mère et voulu qu'elle choisisse autrement. Et pour celles qui se reconnaissent dans cette femme effacée, débordante de bonté, que personne n'a jamais vraiment vue. Ce livre est une déclaration d'amour lucide à une génération de femmes qui se sont sacrifiées sans que personne ne leur demande leur avis.
3. On lit ou pas ?
Oui, et on le referme avec une pensée pour sa propre mère, et cette question qui reste longtemps : est-ce qu'on peut vivre sans bonheur et n'en point dépérir ? Elle, en tout cas, elle l'a fait.
Editions Flammarion : 21 €