"Retour à Trieste" de Federica Manzon : revenir aux origines pour mieux comprendre le monde
Alma a fui Trieste pour se forger une vie nouvelle à Rome, loin de ses souvenirs d’enfance et des histoires familiales enfouies. Mais à la mort de son père, elle est contrainte de revenir dans sa ville natale pour régler la question de l’héritage en trois jours seulement, une parenthèse qui va rouvrir des blessures anciennes, réactiver des amitiés complexes et réveiller des questionnements profonds sur l’identité, la mémoire et le poids du passé.
1 - Pourquoi on aime ce livre ?
Parce que Federica Manzon réussit à mêler histoire personnelle et contexte historique, en utilisant Trieste non seulement comme décor mais comme miroir de ses propres contradictions. Ville frontière littéralement et symboliquement, à la croisée des cultures italienne, austro-hongroise et yougoslave, Trieste est le lieu où l’identité collective s’entrechoque. À travers les souvenirs d’Alma, ses rendez-vous au café San Marco avec son grand-père, les après-midi passés sur l’île de l’archipel Brijuni avec son père, se dessine une cartographie émotionnelle riche et complexe. La présence de Vili, cet « ami-frère-ennemi » d’enfance, vient encore brouiller les lignes entre attachement, culpabilité et désir de liberté.
2 - Pour qui est ce livre ?
Pour les lecteurs sensibles aux récits qui explorent la formation de soi à travers les paysages du passé. Ce roman plaira à celles et ceux qui aiment les personnages en quête d’eux-mêmes, tiraillés entre héritage familial et désir de s’en affranchir. C’est aussi une œuvre qui intéressera les lectrices et lecteurs curieux de l’histoire européenne contemporaine et de l’impact des conflits socio-politiques sur les trajectoires individuelles, particulièrement dans une Europe façonnée par les relations entre l’Italie et l’ex-Yougoslavie.
3 - On lit ou pas ?
Oui, sans hésitation. Retour à Trieste est un roman dense et poignant qui explore la tension entre mémoire collective et histoire personnelle, sans jamais perdre de vue l’humain. La langue est sensible, la narration fine, et la réflexion sur l’identité familiale, ou territoriale mais aussi personnelle, résonne longtemps après la dernière page.
Editions Albin Michel : 22,90 €