Le DEBAT qui fait RAGE : l’ALLAITEMENT, un choix ou un devoir ?

Des auteures, journalistes ou dessinatrices ont fait une tribune parue sur le site de Libération intitulée : « Allaitement, cessons de faire culpabiliser les femmes »

La pétition souhaite rappeler que l’allaitement doit rester un choix privé et personnel, propre à chaque femme.

 

 

 

 

« Je n’ai pas allaité mes enfants au sein.

Et je trouve inquiétant que ce choix soit socialement de plus en plus difficile à assumer. C’est le signe à la fois d’une remise en cause profonde des droits des femmes et d’une assignation à un idéal maternel oppressant.

Nous qui avons choisi le biberon serions de mauvaises mères, privilégiant notre confort au détriment de celui de nos enfants, refusant d’assumer nos fonctions biologiques. En réalité, nous considérons simplement que notre corps nous appartient. Les progrès permettent à celles qui le souhaitent de ne pas allaiter au sein. Il s’agit d’un choix extrêmement personnel qui regarde chacune. Il faut cesser d’opposer les droits de la femme, et en premier lieu celui de disposer de son corps, aux devoirs de la mère, qui se devrait corps et âme à ses enfants.

Mais il y a pire : on essaye désormais de nous convaincre que notre choix égoïste met en danger la santé de nos enfants. Comme l’ont récemment titré le Monde et l’AFP«généraliser l’allaitement de longue durée sauverait 800 000 enfants par an». Passons sur l’emploi du conditionnel dans un titre. Plus gênant : la généralisation à l’échelle de la planète. Comment peut-on mettre sur un pied d’égalité une femme qui accouche dans un pays pauvre avec un environnement insalubre et une femme d’un pays industrialisé avec un accès facile non seulement à l’eau potable mais aux soins médicaux en général ? Non, la situation des mères n’est pas la même dans tous les pays.

Reste la question de la mort subite du nourrisson, véritable angoisse pour nombre de jeunes parents. L’article du Monde affirme que l’allaitement au sein en réduirait le risque de 36%. Sur ce point, impossible de trancher tant le sujet reste méconnu et tend à se confondre avec les étouffements (dont les causes potentielles sont : sommeil sur le ventre, présence d'un oreiller, tabagisme, chauffage etc.). Une autre étude affirme que la présence d’un ventilateur dans la chambre du bébé réduit ce même risque de 72%. Vous n’avez pas branché de ventilateur dans la chambre de votre nourrisson ? Vous n’avez pas honte ?

Et quand il ne s’agit pas de la survie de nos enfants, on nous accuse de les défavoriser intellectuellement. Parce que oui, on trouve également une étude pour nous expliquer que les bébés allaités au sein ont un QI supérieur. Elle a d’ailleurs été publiée par le même site que celle récemment relayée par Le Monde et l’AFP. Une étude qui, en réalité, ne tenait pas compte des situations socio-économiques des familles en question.

Enfin, l’allaitement au sein serait formidable pour l’économie. Une nouvelle fois, ces affirmations ne tiennent pas compte de la réalité de la situation de chaque femme. Est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de dire à une femme qui a pris deux années de congé parental, seule situation où l’allaitement au sein de longue durée et à la demande qu’on nous préconise est possible, est-ce qu’on dirait donc à cette femme qu’elle pénalise l’économie en ne participant pas activement à la productivité mondiale ? (Surtout que connaissant les écarts salariaux homme/femme, elle est extrêmement rentable pour le système économique.)

L’allaitement au sein ou au biberon doit rester un choix personnel. Ce n’est pas à des acteurs privés ou publics de décider pour nous. Nos mères n’ont pas manifesté pour obtenir le droit légal de nous donner des biberons. Pour autant, nous sommes en train de découvrir bien malgré nous qu’il s’agit d’un véritable droit dont nous ne devons pas nous laisser déposséder. Il faut également éviter l’autre piège qui nous guette : s’opposer entre femmes. Il ne faut ni culpabiliser les adeptes du biberon, ni moquer celles du sein. Toutes se trouvent confrontées au même problème : le jugement d’autrui. Les premières seraient des infanticides en puissance, les secondes des arriérées. Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix personnels. Nous demandons simplement de conserver notre droit à décider sans devoir affronter une culpabilisation permanente. »

 

Source : Libération

Photo : Pinterest 

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