"L'Inconnue du quai de Javel" de Philippe Jaenada : rendre justice à Louise Cansot, soixante-quinze ans après
Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, rhabillée à la hâte. Elle s'appelle Louise Cansot, 29 ans, modèle très demandé par les peintres de Montparnasse. Quatre suspects évidents, une enquête qui n'aboutit pas, une affaire classée six mois plus tard. Et Louise oubliée, réduite à quelques articles de presse pas tendres pour elle. Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada arrive, dossier en main, avec ses carnets, ses contacts aux archives et les soixante-quinze enquêtes de Maigret relues pour l'occasion. Il n'est pas du genre à laisser tomber une inconnue.
1. Pourquoi on aime ce livre ?
Parce que l'auteur fait quelque chose de rare : il enquête comme un détective et écrit comme un romancier, sans jamais sacrifier l'un à l'autre. Son style si particulier, fait de digressions, de whisky, d'humour et de tendresse profonde pour ses héroïnes oubliées, transforme 528 pages en un voyage fascinant dans le Paris de l'après-guerre. On commence en se demandant si c'est le livre de trop. Et deux cents pages plus tard, on ne peut plus s'arrêter.
2. Pour qui est ce livre ?
Pour toutes celles qui aiment les romans vrais, les destins fracassés et la justice rendue trop tard. Ce livre est un tombeau érigé à Louise Cansot, morte sans bruit une nuit, que Jaenada a refusé d'oublier. Il touchera particulièrement celles qui s'indignent de la façon dont l'époque traitait les femmes libres, jugées, réduites à des clichés, et celles qui aiment la littérature quand elle répare ce que l'Histoire a négligé.
3. On lit ou pas ?
Oui, et on ressort tout émue et reconnaissante. L'Inconnue du quai de Javel est n'est pas juste l'œuvre d'un fan de polars. On referme ce livre avec une pensée pour Louise. Et avec l'envie de dire merci à Jaenada de ne pas l'avoir laissée dans l'ombre.
Editions Flammarion : 23 €