domi67, le 12 Oct 2008, 12:53
C'est une grande bâtisse blanche pleine de cris d'enfants. Dundi, la soixantaine, sourit : « Eh oui c'est comme à la maison : tout le monde peut entrer. Je viens tous les jours assister aux repas de ma soeur. Tout est dans notre culture ici : la nourriture, les boissons ».
Pour que la vie de
famille continue
Auparavant, Dundi s'occupait de sa soeur grabataire chez elle, mais quand la tâche est devenue trop dure, elle a choisi de la placer à la maison de retraite Türk Huzur Evi (« maison turque de bien être »). Une maison dont les portes restent toujours ouvertes, pour que la vie de famille continue, dans le brouhaha des jeux d'enfants ou le murmure des discussions autour du thé à la menthe.
Au mur, des vues du Bosphore, des photos de bergers d'Anatolie ou de tas d'épices du souk d'Ankara. Les visiteurs sont invités à rester pour déjeuner s'ils le souhaitent. Repas traditionnel bien sûr. Une petite salle de prière avec des tapis orientaux est à la disposition des croyants. On s'oriente grâce à des panneaux en turc « Tuvalet », « Asansör ».
« Tout le personnel est bilingue »
La maison Türk Huzur Evi est pourtant une structure allemande, qui dépend de la Marseille-Kliniken AG, la société allemande de soin aux personnes âgées. Mais ici seul le directeur, Harald Berghoff, ne parle pas turc couramment : « Tout le personnel est bilingue. Les infirmiers, les kinés, le service social qui est en relation avec les familles, notre cuisinier, les femmes de ménager si bien que si l'un de nos pensionnaires rencontre quelqu'un dans le couloir, il peut communiquer à tout moment ».
Les personnes âgées qui vivent à Huzur Evi appartiennent à la première génération d'immigrés, ceux qui sont arrivés en Allemagne il y a 40 ans. « Mais ils n'ont jamais vraiment appris l'allemand », reconnaît Harald Berghoff, ou bien, à cause de la sénilité, ils ont oublié cette langue qu'ils ont acquise tardivement ».
Unique en Allemagne et bien que située dans le quartier turc de Berlin, la maison de retraite ne fait pas le plein. Un an et demi après l'ouverture, seuls 42 lit sur 155 sont occupés.
Pour beaucoup de familles, le cap est difficile à franchir. La tradition veut que l'on garde les personnes âgées à la maison. Mais les structures familiales évoluent, reconnaît Eskeva. Elle est venue faire du repérage pour son père : « Il était grand temps qu'une telle structure voie le jour. Nos parents voulaient rentrer en Turquie une fois à la retraite. Mais les enfants sont ici, les petits-enfants aussi. Leur vie est ici maintenant. Et puis les familles sont plus petites, plus éclatées. Avant la fille s'occupait des parents, maintenant elle travaille et n'a plus le temps ».
Deux cent mille turcs de plus de soixante ans vivent en Allemagne. Le chiffre devrait bondir de 200% dans les grandes villes d'ici 2020 ! Pour les accueillir, de plus en plus d'établissements embauchent du personnel turcophone. Mais cela ne suffit pas à rassurer les familles.
A Huzur Evi au contraire, on sait qu'il faut servir des olives au petit déjeuner, que la toilette doit être faite avant la prière. Les femmes sont prises en charge par des infirmières, les hommes par des infirmiers.
Trop cher pour un retraité immigré
Petit à petit, la maison de retraite se fait une bonne réputation. Elle a reçu dernièrement le soutien du consul général de Turquie à Berlin et le soutien des imams du quartier. Mais le projet se heurte encore à des difficultés financières. En Allemagne, une personne dépendante reçoit entre 1000 et 1600 euros par mois de sa caisse d'assurance maladie. Les pensionnaires de Huzur Evi doivent rajouter 1200 euros. C'est beaucoup pour un retraité immigré.
http://www.dna.fr/monde/20081011_DNA009245.html