LadyBlue, le 27 Août 2008, 09:39
SUITE 4
Sur un des murs de la galerie, une place était vide. Julien l'avait toujours vue ainsi. Malgré les réticences des siens, il avait fini par apprendre la forfaiture de celui dont le portrait avait été détruit. Théo Kermeur était indigne de figurer parmi les membres de cette honorable famille. Il avait effectué le commerce triangulaire : France - Afrique - Antilles, se livrant au plus vil, au plus immonde des trafics, celui du "bois d'ébène".
Julien s'endormit, anxieux, se demandant ce qui l'attendait encore dans cette escalade de l'épouvante. Il lui restait .... l'atrocité.
Une rumeur confuse, des lamentations, puis des sanglots de femmes, des pleurs et des cris d'enfants .... c'était plus qu'il n'en pouvait supporter. Il lui fallait trouver l'origine de tout cela.
Il sortit de sa chambre, écouta.
"Le rez-de-chaussée", jugea-t-il en se dirigeant vers l'escalier.
"La bibliothèque, il n'y a aucun doute."
Lorsqu'il y pénétra, il aperçut aussitôt le senau. Les fanaux de la poupe était allumés. Sans hésiter, d'un geste sec, il arrache celui qui la dominait du haut du gaillard d'arrière. Aucun fil ne le rattachait à un quelconque mécanisme dissimulé à l'intérieur du navire comme il l'avait hâtivement supposé.
Pris d'une inspiration subite, il quitta la pièce pendant un cours instant et revint avec un flacon de produit pour les cuivres et un chiffon. Il frotta, frotta avec une énergie farouche .... il voulait connaître le nom de ce bateau !
Livide, les mains tremblantes, il l'avait à présent sous les yeux.
"L'Aigle des Mers, murmura-t-il, le senau négrier de Théo Kermeur !"
Dans la cheminée, quelques braises rougeoyaient encore. A l'aide d'un pique-feu, il les tarauda et ajouta du menu bois. Il attendit patiemment que le feu soit apte à dévorer une bûche. Il en choisit une, bien grosse, et la plaça sur le foyer ainsi ranimé.
Il avait posé la maquette près de lui sur le sol. Lorsque les flammes furent hautes et vives, avec un indicible soulagement, il leur offrit "L'Aigle des Mers" en pâture.
FIN
© Elsa Keronic Nouvelle extraite de “Le rêve apprivoisé”
Demain une autre et on restera dans le mystérieux
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