fleurbleue_ro, le 06 Avr 2008, 13:33
Lui
Il s’alluma une nouvelle cigarette et il s’assit sur le sable, en regardant toujours le dessin. La jolie inconnue avait bien surpris sa caractéristique principale, son attitude « seul contre tout le monde » ; puis son regard avait quelque chose d’unique, on dirait qu’elle appelait à l’aide, mais sans oser le faire ouvertement. Au fait, elle paraissait si petite, si fragile, que son cœur de loup solitaire s’attendrit, il sentit l’envie de la retrouver, de la prendre dans ses bras et de la protéger.
Il finit la cigarette et il l’enfonça dans le sable pour l’éteindre, puis il décida de regagner sa chambre et se préparer pour le show de ce soir-là. Bientôt, ses pensées se dirigèrent vers ce qu’il allait choisir pour le spectacle et il oublia l’inconnue aux yeux noisette.
Quand le coucher du soleil dora les vitres de sa chambre, il prit sa guitare et se dirigea vers le bar où il chantait tous les soirs depuis qu’il était arrivé dans ce petit village. Parti de chez lui à l’improviste, avec sa guitare et un sac à dos où il avait jeté vite-fait quelques vêtements et son briquet, il n’avait pas songé à prendre plus d’argent que ce lui coûtait le billet de train. Une fois arrivé, il avait donc cherché une place pour chanter régulièrement et gagner ainsi ce que lui fallait pour manger et payer sa chambre. Ça n’avait pas été difficile, le long de la plage était bordé de bars et restaurants, et il avait vite trouvé un à son goût. Le propriétaire avait été ravi par l’idée d’attirer plus de clients tous les soirs, et le marché avait été vite conclu.
Le bar était plein. Ses amis l’accueillirent bruyamment. « Et voilà Michael ! Dis donc, tu laisses les gens t’attendre comme une vraie star, maintenant ! » se moquèrent-ils. Il sourit et les salua, puis il s’assit sur sa chaise et, en attendant que le micro et les haut-parleurs soit prêts, il laissa son regard se errer dans la pièce, sur les visages de son public habituel. Il s’arrêta sur une fille brune qui griffonnait ou dessinait quelque chose dans un coin sombre, à côté d’une autre, rousse, qui montrait des signes clairs d’impatience. La brune avait des cheveux bouclés et elle balançait sa sandale droite au bout du pied, absente, pendant que la rousse, l’air agacée, regardait les autres clients.
Il sursauta quand quelqu’un s’approcha pour lui dire « On est prêts.
- J’ai quelques émotions, dit-il dans le micro.
Le public rit.
- Prends une bière », lui suggéra quelqu’un et il sourit, en regardant la brune.
Elle entendit la conversation, arrêta son gribouillage et leva les yeux vers lui. C’était elle, et ses yeux étaient heureux de rencontrer les siens à nouveau. Il fût si surpris de la revoir le soir même, que ses doigts qui jouaient avec les cordes s’immobilisèrent. Mais le public était impatient, et il fût obligé de revenir sur terre.
- Ce soir je vais commencer par une chanson qui m’est particulièrement chère, dit-il, cherchant les yeux de la dessinatrice, puis il commença.
You’re gone with the sin, my baby, and beautiful you are,
You’re gone with the sin, my darling, completely torn apart…En chantant, il se perdit dans les souvenirs que cette triste chanson lui rappelait.
I love your skin, oh, so white,
I love your touch, cold as ice,
And I love every single tear you cry,
I just love the way you slowly lose your life…
Et il la voyait devant lui, pâle, les yeux mouillés, les mains froides, comme une fillette abandonnée…
I adore your lips, once red as wine,
And I crave for your scent, sending shivers down my spine,
And I just love the way you’re losing your life…
Il chantait fermant les yeux de temps en temps, pour se l’imaginer mieux, perdue entre les draps qui portaient les souvenirs d’une nuit folle ; puis il la regardait rester dans son coin, immobile, à le regarder, et il s’imaginait l’arome de ses cheveux, le goût de ses lèvres et de sa peau.
Quand il fini, quelqu’un lui demanda une certaine chanson, puis un autre voulût entendre sa préférée, et la soirée continua comme d’habitude. Il regardait de temps en temps la petite brune, qui, elle, ne le regardait plus, absorbé semblait-il dans une dispute avec la rousse. Michael n’arrivait pas à comprendre exactement quels étaient les rapports entre les deux femmes, car des fois il paraissait qu’elles étaient amoureuses ; mais en tout cas il fût mécontent quand la rousse prît la main de son amie et l’entraîna dehors. Il aurait voulu lui parler et voilà que maintenant l’occasion était perdue. Ça le mit de mauvaise humeur pour le reste de la soirée.
Elle
« Maintenant je veux savoir pourquoi tu regardais ce mec comme si t’étais amoureuse, s’il te plaît ! » explosa Lauri quand elles rentrèrent à l’hôtel. Stacy s’assit sur un fauteuil et croisa les bras, bien décidée de ne pas donner d’explication, ce que Lauri ne tarda de comprendre. Après quelques minutes de silence borné, les yeux de la rousse se remplirent de larmes et elle se laissa tomber sur le lit, où elle se couvrit le visage et se mit à pleurer sans faire du bruit. Stacy était assez agacée par la jalousie de sa copine, qui lui avait gâché la soirée, mais peu à peu elle renonça à sa froideur et alla rejoindre Lauri dans le lit. Elle l’entoura de ses bras et lui embrassa doucement la nuque.
- Ouf, arrête de pleurer, tu sais que je suis indépendante et je n’aime pas la jalousie… tiens, demain on passe toute la journée ensemble, on va faire du shopping, puis on va à la plage, d’accord ? allez, ma petite crevette, arrête de pleurer.
Stacy fit Lauri se tourner vers elle, lui prit la tête entre les paumes et lui embrassa les yeux mouillés et les lèvres tremblotantes. Lauri lui répondit et la fit s’allonger sur le lit, en lui caressant les seins à travers la robe…
Elles s’endormirent tard, enlacées comme d’habitude.
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