Cadavres Exquis : Destins de femmes 3 :       Pour une juste cause - Confidentielles.com
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Destins de femmes 3 : Pour une juste cause

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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 02 Mai 2007, 11:28

J'ajouterai quelques precisions indispensables a la fin.








POUR UNE JUSTE CAUSE


A Toi, la chouanne que l'on a retrouvee
dans les dunes de "La Falaise" en 1989


La journee s'annoncait belle. L'air, encore charge d'un restant de fraicheur nocturne, semblait promettre calme et serenite.

"L'ete n'est pas loin", songeait Armelle en sortant du manoir de Kerhouet.

D'un pas leger, elle se dirigea vers la roseraie. Sa robe de percale blanche accrocha la lumiere doree du matin. Une petite brise venue de la mer anima ses cheveux flamboyants qui cascadaient sur ses epaules. Son visage etait fin et race, ses yeux verts, d'un vert peu commun, celui des jeunes pousses au printemps.


Les roses exhalaient leurs parfums suaves et leur profusion les rendait presque entetants. Elles declinaient leurs tons pastels, du blanc pur au jaune delicat, du rose tres tendre au saumon le plus doux. Certaines paraissaient avoir capte les tons de l'aurore. Des larmes de rosee perlaient encore sur quelques petales.

Armelle commenca sa moisson de roses blanches. Delaissant les boutons et les fleurs trop epanouies, elle fixait son choix sur celles qui resplendissaient d'une eclosion recente.

Elle accomplissait sa tache avec beaucoup d'application, ses gestes semblaient meme empreints de tendresse. Avant de les deposer delicatement dans le large panier plat passe a son bras, elle les portait a ses narines et les humait en fermant les yeux.

- Mere, vos roses sont merveilleuses cette annee. Vous en seriez fiere... Il est vrai que j'ai beneficiŽe des conseils eclaires de notre brave Corentin... Bien sur, je n'ai pas votre savoir faire, mais je leur ai apporte tous mes soins, tout mon amour en souvenir de vous. Celles-ci, vos preferees, sont destinees a fleurir votre tombeau.



A SUIVRE ......



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Née d'un flocon d'écume,
Je suis fille de la mer et du vent,
Je suis soeur de la rose des vents.

Elsa Keronic
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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 03 Mai 2007, 11:36

Le regard de la jeune fille s'attrista. Cinq ans a ce jour ... cinq ans deja qu'elle avait ete emportee par une fievre maligne. Son pere, inconsolable, l'avait suivie de peu. Son affection pour Armelle, si puissante pourtant, n'avait pas suffi a le retenir.

A cet instant, un bruit de voix interrompit ses pensees melancoliques. Un groupe d'hommes sortit des bosquets a droite du manoir. Apercevant la jeune fille, un adolescent accourut vers elle.

- Mademoiselle Armelle, venez vite !

Sans perdre un instant, elle posa son secateur et son panier sur le bord de l'allee. Elle prit sa robe a pleines mains et s'elanca en direction des arrivants. Lorsqu'elle fut a courte distance, un coup d'oeil lui suffit pour comprendre. Fanch, son frere de lait, et le vieux Corentin soutenaient un corps ensanglante.

- Le moment n'est pas aux explications superflues, dit Armelle. Emmenez-le ou vous savez. Il faut vous hater, les bleus ne doivent pas etre loin. Toi Ivon, tiens-toi aux aguets et avertis-moi des qu'ils arriveront. Je me chargerai de les retenir le plus possible. En attendant, je retourne dans la roseraie.

Apres avoir repris panier et secateur, elle essaya d'accorder toute son attention a sa cueillette. Mais elle ne pouvait s'empecher de guetter les bruits alentour.

"Mon Dieu, accordez-leur le temps necessaire pour mettre a l'abri ce malheureux, je vous en prie", supplia-t-elle.

Sa nervosite la rendait maladroite. Elle se piqua plusieurs fois et, machinalement, suca le sang qui perlait a ses doigts. Soudain, elle sursauta... Ivon venait de surgir a ses cotes.

- Mademoiselle Armelle, les patauds !

- Combien sont-ils ?

- Une dizaine, Mademoiselle.

- Va prevenir Fanch et Corentin. Et surtout, dis-leur de se tenir a l'ecart.

A peine l'adolescent avait-il disparu avec la prestesse d'un chat qu'une galopade retentit, melee de vociferations.



A SUIVRE .....

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Elsa Keronic
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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 04 Mai 2007, 17:11

Un bleu pointa son fusil vers la jeune fille.

- Un de ces maudits brigands vient de nous echapper. Ou se cache-t-il ?... Parle ou il t'en cuira !

- Parle, Citoyenne, c'est dans ton interet, ajouta avec plus de civilite le sergent qui commandait la petite troupe.

- Vous voyez a ma cueillette, repondit Armelle en designant son panier, que je suis ici depuis un certain temps. Je n'ai rien vu, ni entendu ayant quelque rapport avec vos recherches, sergent.

La jeune fille s'approcha du sous-officier et lui tendit ses fleurs.

- Humez le parfum de ces roses, sergent, elles etaient la fierte de ma defunte mere.

- Avec ce qu'on lui a colle, m'est avis qu'il n'a pas du aller loin, intervint un gros soldat rougeaud. Pourquoi est-ce qu'on reste la a parlementer, sergent ? Et designant le manoir, il ajouta : Y a qu'a le fouiller, ce repaire de ci-devants, c'est pas les cachettes qui doivent manquer !

- Laissez-nous faire, sergent, l'interrompit un bleu a la mine patibulaire, on a l'habitude !

- Il a raison La Trogne ! rencherirent les autres en ricanant.

Un des bleus saisit le panier, le jeta a terre et empoigna brutalement la jeune fille.

- Allez, viens avec nous, Citoyenne, des fois que tu aurais envie de filer ! Tu sais ce qu'il en coute de cacher un chouan ? Quand on aura mis la main dessus, tu y passeras aussi...

- Mort aux ennemis de la Nation ! hurla le gros rougeaud en se ruant vers le manoir.



A SUIVRE .....

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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 05 Mai 2007, 00:36

L'insucces de leurs recherches decupla la fureur des soldats. Ils saccagerent tout, des tentures aux portraits, des meubles precieux aux objets rares, ponctuant leurs mefaits d'horribles jurons.

Armelle de Kerhouet assista a la mise a sac de son chateau, impuissante, dents et poings serres de rage. Elle savait Fanch aux aguets, tout proche, pret a intervenir pour la proteger et domptant une rage egale a la sienne.

Lorsqu'enfin les bleus quitterent les lieux, La Trogne lanca :

- T'inquiete pas, Citoyenne, on se reverra ! Et ce jour-la, c'est de tes jupons que je m'occuperai !


- Les monstres ... les monstres..., sanglotait la vieille Caro dans la cuisine lorsque la jeune fille y penetra. Oh ! Mademoiselle Armelle ... ils n'ont meme point respecte les portraits de vos parents ! La guerre transforme-t-elle donc les hommes en animaux sauvages ?

- Seche tes larmes, dit Armelle. L'essentiel est qu'ils n'aient pas trouve notre blesse. Maintenant, il faut le soigner. Il paraissait au plus mal.

Elle ramassa en hate, eau fraiche, linges et pansements.

- Suis-moi, ma bonne Caro, je vais avoir besoin de toi.

Elles gagnerent la piece voisine, sorte de resserre exigue ou etaient entreposes ustensiles et denrees. Une armoire en occupait un mur. La jeune fille ouvrit l'un des battants et ecarta d'un geste sec d'anciens vetements de Corentin qui y etaient suspendus. Quand ses doigts pousserent un montant de bois, le fond se deroba et devoila un etroit passage. Armelle alluma une bougie avant de penetrer dans le reduit ainsi demasque.

Le blesse gisait sur un lit de fortune. Exsangue, les yeux clos, le nez pince, il respirait a peine. Un chuintement s'echappait de ses levres a chaque inspiration. S'il n'y avait eu ce sifflement regulier, on eut pu croire que la vie avait deja abandonne le corps inerte.


A SUIVRE ......

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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 07 Mai 2007, 00:58

La jeune fille se pencha au-dessus de lui pour l'examiner.

- Mais ce n'est qu'un enfant ! s'exclama-t-elle en effleurant les boucles blondes poissees de sang... Il a une blessure a la tete et un poumon perfore... Je crains qu'il ne soit perdu, ma pauvre Caro.

A cet instant, le jeune chouan ouvrit les yeux et tenta de se redresser.

- Non, non, ne bougez pas, dit Armelle, je vais vous soigner.

Il fit un geste de denegation.

- Inutile, murmura-t-il avec difficulte, .... ecoutez ... peu de temps .... prevenir .. Chevalier de Lantilly ... en foret de Camors .... preparer .. debarquement ... prochain.

Il se tut, epuise. Sa main chercha celle de la jeune fille.

- Je suis Gildas ...

Son dernier souffle emporta son nom. Le visage baigne de larmes, Armelle et Caro s'agenouillerent afin de prier pour le repos de l'ame du malheureux.


La jeune fille faisait face a Fanch. Une apre discussion les opposait.

- Mademoiselle Armelle, avec tout le respect que je vous dois, vous n'irez point porter ce message... C'est beaucoup trop dangereux.

- Pas plus que pour cet enfant !

- Vous ne connaissez point les pistes empruntees par les chouans pour gagner la foret de Camors.

- Parce que tu les connais, toi ?

Une lueur, aussitot dissimulee, traversa le regard de Fanch. Elle echappa a Armelle qui poursuivait :

- Piste des chouans ou non, tu sais que notre bocage n'a pas de secrets pour moi... Et si toi tu y vas, qui mettra en terre ce pauvre Gildas ?

Pour couper court a la replique qu'elle voyait poindre sur les levres du jeune homme, elle ajouta :

- Ma decision est prise, Fanch. Il est temps pour moi d'entrer dans la lutte. Je n'ai que trop attendu. Va seller ma jument pendant que je m'apprete.



A SUIVRE ......

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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 08 Mai 2007, 16:57

Apres une courte reflexion, Armelle opta pour des vetements pratiques afin de pouvoir faire face a toutes les situations. A sa jupe d'amazone elle prefera une culotte de drap et des bottes de fine peausserie que completerent sa chemise a jabot et sa veste longue habituelles.

"Mere, vous n'eussiez sans doute pas approuve cette tenue masculine, mais lorsque la cause est juste, les moyens ne le sont-ils pas ?" pensait Armelle en terminant de se vetir.


Dans la cour, Fanch tenait la jument par la bride. Il regardait la jeune fille approcher.

- Mademoiselle Armelle, vos cheveux !

- Oui, qu'ont-ils donc mes cheveux ?

- Si vous les laissez comme ca flotter sur vos epaules et que le soleil y boute sa flamme, on vous verra a une lieue.

Le jeune homme denoua le ruban qui retenait sa chevelure et le tendit a Armelle.

- Merci, Fanch ! Que ferais-je sans toi ?... Tu penses vraiment a tout, ajouta-t-elle avec un sourire complice.

- Non Mademoiselle, ce n'est point tout. Je dois encore ajouter ceci : dites aux notres que vous etes la soeur de lait de Coeur-de-Trefle, ca vaut tous les mots de passe.

- Coeur-de-Trefle ? s'etonna Armelle.

- Oui, c'est ... mon surnom.

- Toi ? Fanch ?... Tu en es donc ?... Et tu voulais me retenir !

D'un bond souple, la jeune fille enfourcha sa jument.

- Puisque j'entre dans la cause, a moi aussi il faut un surnom .... Que dirais-tu de Blev-ruz ?

- Cheveux rouges ? Mademoiselle vous n'y pensez point ? s'exclama Fanch d'un air reprobateur.

- Pardonne-moi, je te taquine ! Je serai Lutig-noz ... Feu-follet !

En s'eloignant, elle jeta sans se retourner :

- Fanch ... Gildas, place-le a cote de mes parents.

Puis monture et cavaliere s'elancerent vers les bosquets et disparurent.


A SUIVRE ......

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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 09 Mai 2007, 19:37

C'est ainsi qu'Armelle de Kerhouet devint agent de liaison du Chevalier Artus de Lantilly. Sans treve, ni repos, de la presqu'ile de Rhuys aux landes de Lanvaux, de Locmariaquer a la foret de Camors, elle sillonna bois et bocage. De jour comme de nuit, elle empruntait des chemins etroits noyes dans la verdure, des vallees encaissees et discretes.

Devouee corps et ame a sa mission, elle chevauchait aux mepris de tous les dangers. Maintes fois, la peur au ventre, elle faillit etre prise. Mais qu'importaient les risques ? Seuls comptaient les preparatifs du debarquement des regiments d'emigres venant renforcer les troupes chouannes.


Enfin, ce fut le moment tant attendu. Des dizaines de voiles blanches resplendissant sous le soleil de juin avaient fait leur apparition au large de Carnac. Des milliers de chouans et de paysans des environs, hommes, femmes, enfants confondus etaient masses sur les plages pour accueillir les arrivants. Le coeur en joie, on avait danse et chante toute la nuit.


Et puis, en quelques jours, la fete fit place au drame. Apres des fortunes diverses, la maree humaine, acculee a la mer par les bleus, n'eut d'autre solution que de se refugier dans la presqu'ile de Quiberon. Dans un tumulte indescriptible, tenailles par la peur, les paysans avec betes et chariots se ruerent vers le Fort Penthievre encore aux mains des chouans.



A SUIVRE ......

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22 amies
LadyBlue, le 10 Mai 2007, 12:56

Armelle s'y trouvait aussi. Du haut des remparts, elle regardait cette foule immense, cette foule pitoyable, livree a elle-meme, ne sachant que faire, ni ou aller.

"Ont-ils encore suffisamment de nourriture ? s'interrogeait-elle. Et si le temps change, s'il se met a pleuvoir, ou vont-ils s'abriter ?... Ils sont pris, ainsi que nous d'ailleurs, comme des rats dans un piege.... Ils sont si nombreux... trop nombreux... ils encombrent les routes et les chemins et vont gener les manoeuvres de nos troupes."

Elle quitta son poste d'observation, impuissante et rongee par l'inquietude pour tous ces pauvres gens. Plongee dans ses pensees, elle saisit soudain des bribes de conversation.

- Mais, n'est-ce pas la voix d'Ivon ?

Elle se precipita en direction du petit groupe. L'adolescent etait bien la. Il tenait a la main un fusil plus grand que lui.

Aussitot, la jeune fille l'apostropha :

- Que fais-tu ici jeune ecervele ? Ce n'est pas la place des enfants ! Aurais-tu perdu tout sens commun ? As-tu songe un seul instant a ta pauvre Caro qui doit etre morte d'angoisse ? Et qui t'a donne cette arme ?

- Sauf votre respect, Mademoiselle Armelle, je ne suis plus un enfant ! Si Gildas combattait, je le peux aussi. Nous devions avoir le meme age. Pour le fusil ... je l'ai pris a un des notres qui n'en avait plus besoin, ajouta-t-il en se signant.

Armelle hesita. Emue par la bravoure d'Ivon, elle n'osait pas se facher.

Un chouan s'approcha d'elle et lui murmura a l'oreille :

- Rassurez-vous, Mademoiselle. Je ne le quitterai point et a la premiere occasion, je le renverrai chez lui.

- Je doute que vous y parveniez, repondit la jeune fille. Je ne connais pas plus entete que ce garcon-la !

- Moi si ! dit le chouan en se designant.

Il hocha vigoureusement la tete pour garantir cette affirmation et tranquilliser Armelle.



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LadyBlue
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22 amies
LadyBlue, le 12 Mai 2007, 00:14

L'incertitude planait sur la foule des refugies. Se sentant peu utile au Fort, la jeune fille s'etait melee a eux pour leur apporter assistance et reconfort. Alarmistes ou rejouissantes, les nouvelles allaient bon train. Tour a tour, les rumeurs semaient le doute ou faisaient renaitre l'espoir.


Et puis un jour, canonnade et mitraille se dechainerent a l'entree de la presqu'ile.

- Les bleus !... Les bleus vont nous massacrer tous !...

Les cris de terreur fusaient de partout. La ruee tumultueuse reprit en direction du sud.

Bientot, les elements se dechainerent eux aussi. Orages violents, vent, tempetes, rien n'epargna les fugitifs qui, talonnes par les bleus, continuaient a descendre vers le fond de la souriciere. Depuis des heures, les chouans combattaient avec l'energie du desespoir. Leur resistance fut bientot vaine et la bataille cessa.


L'interminable cohorte des prisonniers avancait sur la route bordee de chaque cote par la mer. Tous etaient epuises, hagards. Les yeux remplis d'horreur, l'horreur de ce qu'ils avaient vu, de ce qu'ils avaient vecu.

Armelle etait parmi eux, les vetements dechires, taches du sang de ceux qu'elle avait tente de soigner. Comme cela arrivait parfois, un mouvement de panique crea une bousculade. Armelle se trouva propulsee contre le dos d'un jeune homme.

- Fanch ?

- Vous ? Mademoiselle Armelle ?... Oh ! Santez Anna ! Je vous croyais au manoir !

- J'etais a Carnac, et depuis Penthievre, je suis avec eux, dit-elle en designant la foule, j'essaie de les secourir de mon mieux.... La vigilance des bleus se relache, ils ne sont pas assez nombreux. Tu dois t'echapper, Fanch. Tu dois fuir pour continuer la lutte... Rejoins Cadoudal. Je t'en conjure.

- Mais vous, Mademoiselle Armelle ? Je ne veux point vous laissez sans protection !

- Va, ne crains rien pour moi. J'ai entendu dire qu'ils allaient liberer les femmes et les enfants.



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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 13 Mai 2007, 14:12

Prostree dans la cuisine du manoir, Armelle retracait par bribes le cauchemar des jours precedents. Caro l'ecoutait, silencieuse, le visage ruisselant de larmes.

La jeune fille en etait arrivee aux derniers instants avant la capitulation ... la terrible fusillade ... l'epouvante qui s'etait emparee de tous ... les cris, les prieres, les gemissements et les plaintes ... les appels au secours lances aux navires anglais embosses le long de la cote ... les chaloupes prises d'assaut qui chaviraient ... et puis les massacres, les cadavres, les corps mutiles, les blesses qui se trainaient en suppliant qu'on les aide ou qu'on les acheve...

- Ivon ... Ivon, mon petit, s'ecria soudain Caro livide, les mains tendues vers Armelle. Ou est-il, Mademoiselle ?... Ou est-il ?... Pourquoi n'est-il point de retour ?...

- Je l'ignore, ma pauvre Caro. Un chouan s'etait engage a le renvoyer ici. Il y a de cela deux semaines. Il s'est passe tant de choses ensuite...

- Oh ! Cet enfant, Mademoiselle Armelle, c'est devenu mon petit depuis que j'ai promis a sa defunte mere de veiller sur lui comme j'avais promis a la votre de veiller sur vous... S'il etait libre, il serait revenu... Et ... et s'il etait...

La vieille femme se mit a sangloter sans aller au bout de sa phrase, ses freles epaules courbees sous le poids du chagrin.

- Ne te desole pas ainsi, ma bonne Caro. Je vais partir a sa recherche. Il est ruse, ton Ivon ! Sans doute a-t-il trouve le moyen de s'enfuir, comme Fanch. Il doit se cacher quelque part... Je le retrouverai. Je t'en fais le serment.



A SUIVRE .....

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Elsa Keronic
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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 14 Mai 2007, 17:14

Armelle enfourcha de nouveau sa jument et commenca ses investigations. Elle renonca d'emblee a son idee de cachette. Elle n'y croyait pas. Elle n'avait avance cet argument que pour rassurer la pauvre Caro. Le meilleur refuge n'etait-il pas au manoir ? Ivon le savait. Elle n'avait pas parle des troupes de Cadoudal. Connaissant a present la determination de l'enfant a combattre, elle n'avait pas voulu inquieter la vieille femme. Mais s'il les avait rejointes, Fanch l'eut renvoye a Kerhouet ou du moins fait prevenir. Elle consulta la liste des prisonniers dans les differents lieux de detention. Son nom ne figurait nulle part. Personne n'avait vu l'adolescent.

La jeune fille dut se faire violence pour admettre une derniere eventualite : il restait la presqu'ile, avec ses milliers de morts et peut-etre encore quelques blesses.

Elle se dirigea vers les dunes de "La Falaise" ... commencer la ou ailleurs ...

- Moi, je veux bien me battre pour la Nation, mais on aurait pu nous armer avec autre chose que ces satanes fusils de rempart *! C'est que ca pese son poids, mon gars ! J'en ai l'epaule rompue de le trimbaler.

- He ! La Trogne ! Regarde la-bas dans les dunes, encore un de ces foutus brigands ! C'est pire que la mauvaise graine ces engeances-la ! On s'en debarrasse, mais y en a toujours ! Attends un peu, encore un qui verra point le jour se coucher.

- Non, laisse-le moi. Y sera point dit que je l'aurai traine pour rien aujourdÕhui ce sacre fusil ... faut point qu'il se rouille ! Et puis avec les boulets** qu'il tire, je risque point de le manquer ce maudit chouan ! Tiens, donne-moi ton epaule pour que je l'aligne mieux.

Le bleu leva pesamment son arme et la posa sur l'epaule mise a sa disposition.. Il visa avec soin, en prenant son temps, sur de ne pas rater sa cible. Il appuya sur la detente avec un petit ricanement de satisfaction.

- Prends ca, Citoyen... C'est de la part de la Republique !

Armelle ne preta pas attention a la detonation ... elle en avait tant entendu... Elle sentit un tres violent choc dans la cuisse gauche. Le femur brise, sa jambe flechit brutalement et se deroba sous elle. Surprise, elle ouvrit de grands yeux etonnes. Elle n'eut pas le temps de comprendre, ni celui de souffrir. Elle s'effondra sur le sol et le sable se mit a boire sa vie, avidement, goulument, tandis que le soleil basculait a l'horizon.



"Toi, la Chouanne, ma soeur d'armes a travers le temps, dont les os reposent au Musee de la Chouannerie de Plouharnel, tu aurais pu etre cette Armelle de Kerhouet.

Que ceux qui passent devant ta sepulture de verre n'oublient jamais tous ceux qui sont tombes pour une juste cause."






© EK. "Au fil du temps"




* Longueur et poids du fusil : 1,70 m et environ 7 kg
** Taille du boulet : une balle de golf



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Elsa Keronic
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LadyBlue
A LA FOLIEexperte confidentielles
22 amies
LadyBlue, le 14 Mai 2007, 17:15

J'ai commence l'ecriture de cette nouvelle a la vitesse "V" .... je connais si bien cette periode, cette fois pas besoin de recherches, j'avais toute la doc. necessaire. Mais peut-etre a cause de cela, Armelle restait floue, inconsistante.

Chaque fois que je vais dans le Morbihan (chez moi !), je ne manque jamais ma traditionnelle visite au Musee de la Chouannerie a l'entree de la presqu'ile de Quiberon.

...... 2001, des le 1er pas tout de suite LE choc ! Devant moi une sorte de sarcophage en verre, nouveaute depuis ma visite de l'annee precedente. Dedans, le squelette d'une jeune femme trouve en 1989 dans les dunes pres du Musee. Les circonstances de la decouverte sont mentionnees, ainsi que ce qui a provoque sa mort : un boulet de fusil de rempart retrouve avec elle et pose a son cote.
Mon coeur s'est emballe aussitot. C'etait exactement l'Armelle dont je revais. Je n'aurais pu esperer mieux ! J'ai pose beaucoup de questions au conservateur que je connais bien. En lui revelant le pourquoi de mon interet .... il etait aussi emu que moi et m'a fait decouvrir le lieu de la trouvaille.


Si je me sens Chouanne, c'est par respect pour mes ancetres, la cause pour laquelle ils se sont battus et a laquelle j'adhere par rapport a cette epoque. Cette periode de l'Histoire, ma preferee parce que j'y baigne depuis mon enfance, que j'en connais chaque moment, chaque lieu, et parce qu'elle est riche et intense, reste "l'Histoire". Il faut savoir raison garder. Je vis au XXIe siecle et ne suis aucunement monarchiste, ni nostalgique du passe. Chaque chose en son temps !

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Elsa Keronic
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